PZ
Quelle est votre définition du cabaret ?
Pierre Zeidler
Pour moi, le cabaret est une forme théâtrale qui se différencie nettement du théâtre traditionnel par sa proximité directe avec le public.
PZ
C’est avant tout un théâtre d’humour ?
Pierre Zeidler
Principalement. L’humour est un excellent véhicule pour se faire passer des messages. On pleure de rire, mais on rit également pour pleurer. Un bon spectacle de cabaret doit à mon sens marier l’humour, l’émotion et la réflexion afin de maintenir le public en haleine. Personnellement, j’ai horreur des spectacles dont le seul but est une gymnastique des rizoïdes. L’humour doit s’accompagner d’un souci de qualité.
PZ
Est-il difficile de faire rire ?
Pierre Zeidler
C’est la chose la plus difficile qui soit. Lorsque j’écris mes sketches, l’inspiration me vient avant tout de ce qui me fait rire moi-même, et comme je ne me considère pas comme un cas spécial, je me dis que cela pourra faire rire les autres aussi. Chaque représentation est un laboratoire, car le public n’est jamais le même.
PZ
Quels sont vos humoristes favoris ?
Pierre Zeidler
Pierre Desproges, Raymond Devos, Robert Benchley, les Monty Python. Desproges est allé très loin dans le cynisme, et son public l’y a suivi grâce à sa maîtrise du deuxième degré. Devos est un maître de la logique de l’absurde, et Benchley, beaucoup moins connu, était essentiellement écrivain et a donné ses lettres de noblesse au non-sense américain. La palme revient aux Monty Python qui ont transformé l’absurde en proposition philosophique, et ça, c’est un véritable tour de force qui nécessite une culture hors du commun. Dans les années soixante-dix, aucun ménage britannique, toutes classes sociales confondues, n’aurait manqué la moindre de leurs apparitions télévisées.
PZ
L’humour est donc tout ce qu’il y a de sérieux ?
Pierre Zeidler
Ni plus ni moins. Si la flèche n’est pas tirée au bon moment au bon endroit, la pointe s’émousse et le sketche s’effondre.
PZ
Ce qui revient à dire que le cabaret est également un terrain d’échange ?
Pierre Zeidler
Oui, dans la mesure où la parole proposée est aussi une parole restituée. Se donner en spectacle nécessite une bonne dose d’auto-dérision, et lorsque celle-ci passe bien, le public peut lui-même se regarder dans la glace et adhérer à ce qui lui est donné à voir et à ressentir.
PZ
Pourquoi avoir choisi le dialecte alsacien ?
Pierre Zeidler
Il y a longtemps que j’avais envie de travailler avec ma langue originelle. Dans ma famille, elle incarnait l’intimité et de la plaisanterie. C’est probablement pour cela que j’ai choisi le cabaret pour lui donner libre cours.
PZ
Alors, bonne chance aux conspir’acteurs !